Programme (Diabologum, Arnaud Michniak)
Sommaire
Diabologum
Intro
Diabologum était un groupe toulousain de rock français fondé au début des années 90 par Arnaud Michniak et Michel Cloup. Considéré comme le groupe fondateur de toute une tranche du rock français avec l'album #3 en 1996, créant un mélange inattendu de slam et de rock agressif, alors que les précédents opus touchaient au noise et à la pop, avec notamment une collaboration avec Dominique A.
Les albums sont très rares à trouver et les EP/singles se trouvent à des centaines d'euros en collection...
- Diabologum sur Wikipédia
- Infos et chroniques sur XSilence.net
- Discographie tirée de membres.lycos.fr/porl/discodiab.html (site mort depuis hélas)
Des inédits à télécharger sur ce blog, et encore d'autres ici.
Discographie
C'était un lundi après-midi semblable aux autres
Album, 1993, Vinyle LP, CD et K7, Lithium records
1. Comme un infriste
2. Le discours de la méthode
3. Kill sub pop stars
4. Logo
5. Too much sleep
6. Le courage des oiseaux
7. Point d'impact
8. Chanson bateau
9. Sticky hair-pin
10. One million kisses
11. Fotogena
12. Je ne reviendrai jamais
Notes : "Le discours de la méthode" est chanté avec Dominique A. sous le pseudonyme de John Love. "Le courage des oiseaux" est une reprise du même Dominique A. "Too much sleep" est une reprise de Bongwater. "One millions kisses" est une reprise de Half Japanese. "Sticky hair pin" est un instrumental joué sur le fond de la scène de l'accident dans Sailor et Lula de David Lynch.
Les garçons ont toujours raison
Maxi, 1994, CD et Vinyle 12", Lithium records
1. Les garçons ont toujours raison
2. Tannis root
3. Aussi belle qu'une balle
4. Dogs
Notes : "Aussi belle qu'une balle" est une reprise de Taxi girl.
Le goût du jour
Album, 1994, Vinyle LP, CD et K7, Lithium records
1. L'art est dans la rue
2. Une histoire de Flesh
3. Le jeudi tout est dit
4. Heaven boulevard
5. Mieux vaut se taire
6. La facilité
7. Palladium rock
8. The ballad of boy wonder
9. Les garçons ont toujours raison
10. L'usage des mots
11. Ding a dong (down down)
12. Fusées
13. Pea
Notes : "Pea" est une reprise de Codeine. "Mieux vaut se taire" contient une partie des paroles d'un tube de Roch Voisine (!).
L'art est dans la rue
Maxi, 1994, CD et Vinyle 12", Lithium records
1. L'art est dans la rue
2. A flash in my heart
3. De tels actes de renoncements
4. Adieu Paris
A découvrir absolument
Maxi, 1996, CD, Lithium records
1. A découvrir absolument
2. C'est presque trop beau
3. Flood
4. A découvrir absolument (remix version)
Notes : 'Flood' est une reprise de Sebadoh.
#3 (Ce n'est pas perdu pour tout le monde)
Album, 1996, CD et double vinyle, Lithium records
1. De la neige en été
2. Il faut
3. Les angles
4. Une histoire de séduction
5. A découvrir absolument
6. 365 jours ouvrables
7. Dernier étage
8. La maman et la putain
9. Un instant précis
10. Blank génération
11. Tie-break pour bandini
12. ||-----||
Notes : Les deux derniers morceaux ne figurent que sur les versions digipack et les vinyls. Les trois versions digipack sont limitées à 1000 exemplaires chacune. La version vinyle est limitée à 500 exemplaires. La pochette du vinyle est la pochette "classique" : Ce n'est pas perdu pour tout le monde. Digipack 1 : "J'ai perdu sa trace ". Digipack 2 : "C'est bien connu". Digipack 3 : "J'attends son coup de fil". "Blank Generation" est une reprise ( très personnelle ) de Richard Hell. "La maman et la putain" contient un dialogue tiré du film de Jean Eustache, du même nom.
365 jours ouvrables
Maxi, 1997, CD, Lithium records
1. 365 jours ouvrables
2. (Version)
3. Quelque chose pour hier soir
4. Do you wanna have a party?
La ultima historia de seduccion (avec Manta Ray)
Split EP, 1998, CD, Ovni records.
4. Tous les mots disent la même chose
5. Autre chose
6. Local 16 studio
Notes : Il s'agit d'un split single avec le groupe Manta Ray. Chacun interprète trois titres inédits pour réaliser ce single sorti sur Ovni records, petit label espagnol, ayant également à son actif un single de Will Oldham.
Programme
Intro
Programme était un groupe de musique électronique, composé d'Arnaud Michniak (texte, voix et musique) et de Damien Bétous (programmation, musique). Formé en 1997 avec la séparation de Diabologum, Programme a cessé d'être en 2005, Damien étant désormais occupé à une vie de famille paisible.
Il est encore facile de se procurer "Bogue" (sur la boutique d'Ici d'Ailleurs) et "L'enfer tiède" (eBay) mais "Mon cerveau dans ma bouche" (le premier album) devient rare et cher (~40 euros), mais facilement trouvable.
- Archive du site du Brouillon (production de Bogue)
- Programme sur Wikipédia
Arnaud Michniak continue en 2007 avec un album solo "Poing perdu" et un film "Appel ça comme tu veux". Il produit et participe aux deux albums de Nonstop en 2005 et 2009.
Album et DVD faciles à trouver (cd1d.com, boutique du label).
En 2010, retour de Programme avec "Agent Réel", dispo un peu partout et de l'aveu de nombreux fans, moins intéressant que les opus précédents de Programme.
Discographie
Mon cerveau dans ma bouche
Album, 2000, CD, Lithium records
1. Demain
2. Le meilleur moyen pour y rester
3. Boomerang
4. La salle de jeux et la peur
5. P.O.L.I.C.E.D.U.M.O.N.D.E.P.A.R.O.D.I.Q.U.E.
6. Le jour est le brouillon de la nuit
7. Des singes déboulent de partout et tabassent tout ce qui passe
8. Et après ?
9. Une rime en or
10. Je sais où je vais
L'enfer tiède
Album, 2002, CD, Lithium records
1. Il y a
2. Une vie
3. N'Importe quoi pour n'Importe qui
4. C'est bien
5. Cette page d'histoire
6. Entre deux feux
7. Le sort
8. Et la ville disparaît
Bogue
Album, 2004, CD, Le Brouillon / Ici d'Ailleurs
1. Plus Fort + Je Veux Trop + Etranger
2. Ce Serait Trop Long A Expliquer + Dis-Le + Fiction Et Réalité
3. Mon Geste + Lundi
Poing perdu (Arnaud Michniak)
Album, 2007, CD, Ici d'Ailleurs
1. Poing perdu I
2. J'attends
3. Mille voix
4. Mourir idiot
5. Je suis le peuple sans visage
6. Poing perdu II
7. A travers les gens comme au fond de moi
8. Poing perdu III
Agent réel
Album, 2010, CD, Ici d'Ailleurs
1. Je m'appelle
2. Agent Réel
3. Bruit direct
4. C'est une épreuve de force
5. Y'a quelqu'un
6. Ce n'est pas ça
7. Nettoyage éthique
8. Nous
9. N.A.M.
Paroles
Mon cerveau dans ma bouche
Demain
demain j'prétand pouvoir parler
sans précaution ni détour
pour affirmer ce que j'ai vérifié
ce sur quoi on ne pourra pas revenir
avec des doutes
c'est le disque de quelqu'un qui sait
qu'il n'en retire aucune fierté
parce que la vérité distribue la honte
honte d'être minable, égoïste et sans projet
si ce n'est celui de continuer a cultiver la seule chose qui aie porté ses fruits
l'idéalisme,
ce disque est son fruit
et aussi la preuve que je suis egoiste et minable
et aussi une grosse merde
tous les disques sont d'la merde !
la seule chose qui n'est peut être pas de la merde
c'est de savoir apprécier le silence
Je tiens pas spécialement a vous accrocher avec du style
mais j'y suis obligé
sans quoi il n'y aurait sans doute pas lieu d'être commercialisé
Mais sachez bien qu'c'est d'la merde
tout ce qui fait qu'on parvient a décrocher un rôle dans ce monde
qui est d'la partie la plus merdique de nous même
celle qui mérite un salaire
le salaire de l'egoisme
c'est toujours la même chose non?
certains s'arrangent avec leurs illusions
certains trouvent de quoi être serein
D'autres viennent mourir pour rien
On est des premiers
d'autres viennent pour venger
D'abord je n'suis rien
quand j'ai eu la faculté de me battre
la bataille etait finie
quand j'ai eu conscience de moi et de ma vie
c'en etait déjà décidé
la bataille ne ce situe pas dans le temps
elle est le temps
c'est à dire une chose sur laquelle on est toujours en retard
j'avance en me sachant en retard
j'repousse l'échéance
car tant qu'il y a d'la vie y a de l'espoir
même si l'espoir me parait être une drôle de danse
Il arrive un point où tu n'peux plus faire marche arrière
sans renier ce qu'il a forgé
ca fais partit des trucs a piger et vite
avant que les autres en profitent et te protègent
des erreurs que tu pourrais commettre
Ils disent n'importe quoi
tant qu'ils le pourront ils diront n'importe quoi
jusqu'à ce que la leçon rentre
j'te jure qu'il y en a un paquet qu'attendent que ca
si c'est pas toi ca sera un autre
il arrive un point où tu n'arrive plus a t'reveiller
tu t'répètes: tout va bien s'passer, tout va bien s'passer
j'me fais pas de soucis, j'ai confiance
il m'arrivera rien
j'ai pas besoin des autres
ni de leurs promesses
ni rien pour décrocher un rôle dans leur kermesse
au contraire
plus je m'en éloigne
et plus j'avance
mais tu dois finir seul
quand tout le monde aura vu vraiment qui tu es
je m'souviens je pensais a demain
et plus j'y pense plus le temps semblais long
et les chances d'y arriver réduites
et puis j'pensais que demain serait le contraire d'aujourd'huit
et c'etait des conneries
demain c'est un poster aux chiottes
je l'ai compris
demain c'est du parfum sur des croûtes
demain c'est d'parler de cailloux jetés dans un lac
et de l'horreur qu'est belle
de l'horreur qu'est vraie.
Le meilleur moyen pour y rester
Pour que ça plaise, faut du rime j'te dis
Avec du rime, tu peux tout dire, tout faire
Être acteur dans une parodie et prendre cher
Faire croire qu'il suffirait de bien se cramponner à une étoile
Bien tant pis laissez pisser
Regarder les choses en face et y prendre part pour le dire mieux
Tu peux même être aidé si tu veux, bercer dans la défaite
Si t'écris pas des morceaux, t'envoies des lettres
Celles où celui qui voudra de tes nouvelles aura la FNAC comme boîte aux lettres
J'ai un trou dans la tête, chouette
Quand ton cerveau glisse dans ta bouche
Tu mâches, rabâches, tu fais ça dans ton coin
Peut-être que tu pourras le faire jusqu'au bout
Parce qu'on sera toujours là derrière moi pour me reprendre
On me décrochera si j'arrive à me pendre
Comme ça ou à la longue, on aura ma peau
Et si j'ai mis mon cerveau dans ma bouche, on aura pas plus de moi que d'une mouche
Ca devrait te suffire de te dire qu'on aura pas plus de toi que d'une mouche
Même si c pas très malin, je continue, on verra bien
Une suicide par les mots, voilà ce qu'il me faut
J'ai trouvé
Dans le monde parodique, je prends une bombe dans sa position des règles (?)
On verra bien, après avoir vidé (?) tout ce qui traîne, ce qu'il advient
Tout ce qui fait que tu as souvent l'impression d'être trahi
Juste quand ta propre haine en fait partie
Comme chaque illusion ramène, profond dans la peur (?) après avoir tendu la main pour la peine
Et s'il n'y a rien après, restera au moins demain
Avec d'autres trucs à dire sans doute
Alors qu'il aurait suffit de vivre tranquille
Mais c'est que dès le début t'as vu que c'était trop peu
A ça, ce qui (?) qui ronge les visages, la vengeance et la haine
Déjà la vue du sang fait peur, ça veut tout dire
Ca va pas être propre, ça n'est sûrement pas le temps qui en donnera une autre image
Parce qu'il faut savoir mentir pour faire plaisir
(Meilleur moyen pour y rester )
Au fond du premier pronom (?) personnel
Lance cette drôle de machine pour justifier mon existence
C'était réglé d'avance
Je suis un boomerang
Je suis un boomerang
J'ai le c½ur entre les dents
C'est stressant de risquer à chaque instant de boire son sang
Je sais prendre la pose
C'est troublant de se dire "quelque soit" veut dire quelque chose
Je rêve de maisons en ruine
C'est traumatisant d'y voir des aveugles inventer des signes et se blesser dans le noir en gesticulant
Je connais la morale, c'est intéressant de vérifier que faire le bien c'est mal faire le mal
Je suis un boomerang
Ca veut dire aussi que je retourne chaque fois sur mes pas
Donc que je n'oublie pas qu'à 26 ans je n'ai déjà quasiment plus le choix
Parce que moi je suis moi...
Je suis un boomerang
Si on me lance fort et loin
Je file en tournant sur moi-même et je reviens
Aussi loin lancé quelque part
Je reviens toujours au même point de départ
Comme un boomerang
Je lance fort et loin
Il file en tournant sur lui-même et me revient
Aussi loin lancé quelque part
Il revient toujours au même point de départ
J'ai vu des philosophes
C'est marrant de juger ce qu'il en reste vraiment dans la vie de chacun tous les jours
Je dois gagner mon argent
C'est angoissant de se dire que ce seront tout le temps les mêmes questions qui reviendront sur la table
Je vois des veuves
C'est impressionnant de les voir du haut du pont jeter le miroir cassé dans le fleuve
J'ai le coeur entre les dents ( *2 )
C'est vraiment dégueulasse
Je suis un boomerang
Ca veut dire que souvent je décolle pleins d'espoirs et de joies
Je me retrouve comme avant les deux pieds dans l'alcool
Parce que moi je suis moi je suis
Je suis un boomerang
Si on me lance fort et loin
Je file en tournant sur moi-même et je reviens
Aussi loin lancé quelque part
Je reviens toujours au même point de départ
Comme un boomerang
Je lance fort et loin
Il file en tournant sur lui-même et me revient
Aussi loin lancé quelque part
Il revient toujours au même point de départ
D'un brumeux voile qui recouvre les visages et les gestes
Tout devient flou
Chaque parole est un tunnel qui débouche sur une cage suspendu en dessous du reste
Je deviens fou mais il faut remonter
Et ces choses qui m'ont imprégné, les effacer et les entraîne (?) de ne plus faire ces choses... (???)
Je suis un boomerang
Je sais où je vais
(Je vais mourir parce que je ne sais pas... )
Le monde dans lequel je vis, je me le suis construit
A partir de là, être soi-même, ça veut dire quoi ?
Prendre du recul, lâcher tout ça veut dire quoi ?
Si je crève là, ça me convient
Rien à foutre d'eux, rien à foutre de rien
Tout ce que j'ai vu
Que dans un monde régi par le crime,
Si je veux avoir une place en y parlant au présent
Je dois devenir criminel, prendre part aux trafics d'influence et tout le bordel
Les plus malins y mènent la danse
Tout repris, pollué
Les civilisés puent le singe
Vous connaissez James Brown, moi c'est le contraire
Je suis blanc et je suis pas fier
La région où je suis né, maquillée par les urbanistes
Remise à neuve, mais abandonnée
Une région dépeuplée où personne ne reviendra jamais
Si ce n'est pour la détruire
La grand-mère m'y attend
Avec les voisins qui n'ont pas d'enfants
Ils sont venus ici pour mourir et ils meurent
La solitude est quelqu'un
Une fillette décoiffée qui traversera en courant la fin de leur vie
(Je sais où je vais )
Les devoirs, leçons, obligations, ce qu'on m'apprend est inutile
Faire ce qu'on me demande sans me poser de questions
Les plans en deux parties, en trois parties
Le chapeau introductif sous forme d'aphorisme
Ca a fait un tube avec l'eau minérale
Surtout ne le prenez pas mal
On va les brider, d'entrée
Vive les fonctionnaires
Dans toute cette merde, je construis mes propres jouets
Je sais où je vais
J'écris avec autant d'application que je coupe ma viande
Je sais où je vais
Je sais dans quoi je rentre
Je sais mentir
Je sais garder un secret
Je sais faire en sorte qu'on n'en parle plus
Je sais où je vais
(Je sais où je vais )
Les images de l'enfance
La cousine vêtue d'une seule culotte blanche
C'est la première image de la journée
Quand elle étale la crème dépilatoire sur ses jambes
On dirait des bottes en yaourt nature
La peau douce et satinée de ma cousine
Qu'est-ce qu'on fout là ?
Qui est-ce qui disait qu'est-ce qu'on fout là (?)
On devrait jamais dire du mal de personne
Les types qui finissent clodos, je commence à comprendre
Les pères de famille qui à 30 ans se pendent, je commence à comprendre
Tout est gâché
Avant de créer des emplois, faites des hommes
Des conauds (???) dans des bureaux appliquent des consignes
Allez tous vous faire branler
Essayer d'être honnête et c'est réglé
On vous dira :
" Je ne suis pas là pour discuter de l'absurdité d'une loi"
La vérité, ce qu'il faudrait se monter telle qu'elle veut que l'on soit
Assisté de A à Z
Toujours en bonne position pour demander de l'aide
Leur bonne conscience les rend malsain
Rien à foutre d'eux, rien à foutre de rien
On ne dit pas les choses comme elles sont
Ca n'intéresse personne
Le singe a conscience des uns (?) pour survivre
Et si on est pas assez cohérent pour le suivre
C'est qu'on n'est pas capable d'être un singe
On est juste un singe raté
Qui la ferme et encaisse
Il va pleurer dans une cave
Comprendre pourquoi il est venu en enfer
Peut-être pour que quelqu'un le dise
Pourquoi il a honte de ne pas être un singe
Pour que tout soit dit, même le gâchis
Avec des mots pour faire vomir
Et qu'on ne croit plus qu'il y ait du pour et du contre
Et qu'on choisit de lutter ou pas pour l'avenir des choses
Sans saisir le lien de ces choses entre elles
Ni de devenir quelqu'un d'autre
(Je sais où je vais)
J'ai besoin de réduire la conscience de moi-même
Si je n'en suis pas capable, je ne mérite pas qu'on m'aime
Sauf peut-être chez ceux qui ont
Une araignée collée au plafond
Et qui communique par télépathie
Les enfants de l'enfer ont conscience des uns (?) pour survivre
Les enfants de l'enfer communiquent par télépathie
Et si je ne suis pas assez fou pour les suivre
Je n'ai qu'à la fermer, me marrer
Ou filmer leur grimace
Comprendre pourquoi je suis bien à ma place
Peut-être pour que quelqu'un le dise
A quel point il a honte d'être bien à sa place
Pour que tout soit dit
Même le gâchis
Avec des mots pour faire vomir
On ne croit plus en quelqu'un d'autre
Sans devenir le pour et le contre
Je voudrais la fermer
Je voudrais me prendre un mur
Je voudrais travailler la terre pour nourrir ma famille
Je voudrais être heureux
Partir où je veux
Je voudrais pouvoir refaire ma vie
Je voudrais tuer
Tuer des gens
Je voudrais voir les visages décomposés par la peur
Me dire : "hein ! C'est fini ", lui aussi
Pouvoir rire de leur vie
Dis le moi si je suis foutu
Ca ne peut plus être vrai
Dis le moi si je suis foutu
Ca ne peut plus être vrai
L'enfer tiède
Et la ville disparaît
à la fin de l’autoroute derrière la butte la ville apparaît
on l’a construite en fonction des grillages
des choix des homosexuels
des bombes à poil lustré pour animaux domestiques
pour que les gens qui s’étaient battus pour leurs droits deviennent des fous
des souffleurs dans des publicités où on demande aux jeunes
combien coûtent les études au contrôle de pointe
où on parle d’apprendre la vie à ceux qu’on étouffe
sous le bouclier laser les pays qu’on affame
avec la peur de finir attaché à un poteau
alors qu’aux mêmes feux rouges les mêmes images refont les blessures profondes
devant celles des guerres les mêmes imaginent
des gens vus ici mille fois dans la rue crier et pleurer
les larmes de ceux qui ont vécu ça ne sont qu’une neige d’écran à nos yeux
notre réalité est une usine
des nuées de voix noircissent ses bouts
la violence y meurt aveugle
puisque faire confiance au savoir c’est faire confiance au Roi
et ce fossé
les mots ne peuvent le combler sans en maquiller les plaies
si les mots étaient des armes
est-ce qu’ils resteraient le seul moyen de conciliation comme on le dit partout ?
parce que chacun est armé des siens contre ceux des autres
et que c’est le but dans lequel on les utilise qui compte ?
et s’il fallait chercher un but
faudrait-il un verre de plus pour voir ce dont on est capable ?
ou se cacher dans une forêt ?
ou suivre les traces de ceux qui passent sur le feu ?
toutes ces questions remuent en vain la poussière
pourquoi servir d’exemple alors qu’on n’y croit pas ?
entre les gestes la ville transpire
ce qui éclate à l’intérieur résonne au dehors
un briquet s’allume sous une cuillère
des bouches tracent leur salive sur des cous
des phares de voiture préviennent une fuite
un croisement de jambes dévoile un grain de beauté
des escalators tournent dans une gare déserte
une pendule tourne dans cette gare déserte
une autre pendule tourne au centre sur une place bondée
un homme se suicide de trois balles dans la tête dans un asile
un autre regarde derrière ses rideaux si on n’est pas en train de voler sa moto
des clochards jettent des pièces dans le fleuve
et la ville disparaît
et aux abords du périphérique la misère se cache
pour ne pas contrarier le confort privé
tandis que sort un énième essai sur Flaubert
des experts recousent les maux dans des débats
c’est un attachement qui jouit dans sa prison
la boîte à musique qui sépare les foules
et quand une parole juste y fait surface
ils ont toujours derrière de quoi dédramatiser
l’Histoire passe
comme un rappel à l’ordre sous le préau
le même son de cloche rameute le même troupeau
et devant ses rancoeurs les mêmes imaginent
si les balles disaient quelque chose ce qu’elles diraient
si elles disaient un mot lequel ce serait
notre intelligence est un calcul
au moment opportun il faut savoir convaincre quelqu’un
faire correspondre les apparences selon les critères admis par la correspondance
entre ce qui est dit et ce qui est vrai
il y a mille milliards de dollars
et entre ce qui est dit et ce qui est fait
les intérêts
chacun y trouve le sien
ça en rajoute un autre
d’ici qu’en rajouter un autre en rajoute un autre il n’y a qu’un pas
et s’il faut le franchir pour y trouver le sien
chacun le franchira
et viendra ensuite expliquer jusqu’à quel point sous les apparences
l’intelligence mène le combat
tous ces mensonges réduisent tout espoir en poussières
pourquoi s’en préoccuper si ça ne doit jamais changer ?
entre les restes un souffle déchire
ce qui se gagne à l’intérieur se donne au dehors
des amoureux ont peur de se séparer pour la première fois
des amis ne supportent plus leurs manies
un élan aggrave une chute
et plus on se rapproche plus c’est flou
plus on se raisonne plus c’est fou
plus on se raccroche plus c’est mou
les deux trois trucs qu’on ne dira pas
celui qui a souffert cent fois plus et qui dit qu’il faut croire à la vie
désolé de ne pas nous convaincre et d’être plus fort
désolé de ne pas s’excuser
et la ville disparaît
et loin derrière la ville disparaît
on n’aurait pas cru qu’elle puisse disparaître si vite
on reconnaît la scène comme si on l’avait déjà vécue
chacun reparle d’histoires présentes dans sa mémoire
si vous l’aviez vu la pauvre
tâtonner dans le sombre couloir pour rejoindre son lit
elle était la lumière des aveugles voyants
le fantôme des rues saoules
tous ceux qui n’en peuvent plus d’être
des points dans le puits sans fond des lieux communs
ça nous a fait bien rire
ils ont fait ce qu’ils ont pu
2002
le produit nous consomme